Cette page de grimoire est la suite de Squalus 1NCognitus: contagion d’incognition.
Le rôle du contexte
Nécessairement, la reconnaissance de stimuli ne dépend pas que des caractéristiques. Elle dépend du contenu de la mémoire long terme et des attentes du sujet. Comme votre conscience dépend de l’offre et la demande.

L’expérience Cattell (1885)
Puisque ça allait de soi, des chercheurs ont étudié le rôle de l’appréhension du mot dans la reconnaissance de lettres. Selon leur théorie, il serait plus facile de se souvenir du même nombre de lettres si elles sont incluses dans un mot que si elles sont dans un ordre qui n’a pas de sens.

Je sais, l’exemple ci-haut n’a pas de sens, mais je trouvais ça plus cool que de créer deux vrais ensembles de lettres valide pour ce qu’on prétend ici.
Selon l’hypothèse, le poissons-poisson va se souvenir de davantage de lettres dans la séquence:
«R-E-Q-U-I-N» plutôt que dans «Q-N-E-R-I-U»
Trois hypothèses ont été énoncées:

Voici donc comment a procédé ce Cattell dans son expérience: il a demandé à des poissons-poissons de reconnaître une lettre parmi un groupe de quatre, certains composant des mots, les autres n’étant qu’une séquence aléatoire. Pour les mots, dans le but d’empêcher les poissons-poissons de deviner la réponse selon les choix offerts, les deux choix de réponses formaient des mots. Le pourcentage de lettres reconnues a été calculé.
| Mot | BIEN | B_ _ _ R |
| non-mot | JSCD | _ S _ _ K |
Avec cette procédure, il est possible de vérifier les hypothèses 1 et 2. Pourquoi demanderez-vous?
Hypothèse 1: la forme du mot fournit un contexte pour le rappel…
Selon cette hypothèse, les mots seront reconnus davantage que les non-mots parce qu’au moment où la mémoire sensorielle voit le mot, elle le voit comme un ensemble cohérent en lui-même. Pour les mots, le fait d’offrir deux choix de réponses qui forment des mots ne change rien, le mot est déjà enregistré.
… et hypothèse 2: le mot permet de deviner les lettres
Ici, dans les question «mots», la MLT ne peut pas deviner la lettre puisque les deux réponses forment un mot. Donc les résultats pour les mots et les non-mots devraient se ressembler.
Ensuite, le chercheur ajouta une autre procédure à son expérience pour tester les hypothèse 1 et 3 simultanément: présenter le choix de réponse avant de montrer la question:
| Mot | B_ _ _ R | BIEN | B_ _ _ R |
| non-mot | _ S _ _ K | JSCD | _ S _ _ K |
Hypothèse 1: la forme du mot fournit un contexte pour le rappel…
Encore une fois, les questions «mot» auront un meilleur pourcentage de rappel que les «non-mot».
… Et hypothèse 3: le mot aide la mémorisation et réduit l’oubli
Ici, la MLT va presque nuire le rappel, puisque les deux réponses peuvent former un mot. Les question «mots» et «non-mots» auront des scores semblables.
Résultats:

Phénomène mot-lettre
Même dans une tâche semblable à la précédente, où l’on présente aux poissons-poissons des questions mots VS une lettre seule, et les résultats de rappel sont meilleurs dans les questions «mot» que les «lettre seule». C’est par les mots que je vous croque.
Cependant, je ne sais pas ce que donnerait cette expérience sur des poissons-poissons dyslexiques. Il semblerait exister plusieurs types de dyslexies (phonologique et visuelle) qui nuirait chacune à sa façon.
L’effet d’appréhension du mot et le phénomène mot-lettre ont permis d’imaginer un nouveau modèle de reconnaissance. Bienvenu dans ce ping-pong mental:
Le modèle d’activation interactive
Selon le modèle d’activation interactive, la reconnaissance s’effectue sur trois niveau d’analyse en interaction. Premièrement, la forme du stimulus est analysée. Les caractéristiques de cette forme inhibe ou active les lettres correspondantes dans le deuxième niveau d’analyse. À mesure que les caractéristiques sont analysées, les lettres permettent de monter vers le troisième niveau d’analyse où les mots sont inhibés ou activés. Ensuite, les mots vont inhiber ou activer des lettres au niveau 2 et celles-ci vont faire la même chose avec les caractéristiques du niveau 1, jusqu’à ce que le stimulus soit décodé. Tout ceci se fait en parallèle.

Exemple de traitement par les données:

Ce type de traitement vers le haut(désolé pour le sens du dessin), du stimulus en passant par les trois niveaux d’analyse, est appelé traitement dirigé par les données. Parallèlement, l’activation qui se fait vers le bas, du mot vers la forme, est appelé traitement dirigé par les concepts.
Exemple de traitement par les concepts (vers le bas):

La reconnaissance à deux facteurs
À la lumière des exemples ci-haut, il est logique de conclure que la reconnaissance se fait à deux facteurs.
- D’un côté, le reconnaissance est dirigée par les données des stimuli. Dans le modèle d’activation interactive, cette partie du traitement de l’information se propage du bas vers le haut.
- D’un autre côté, la reconnaissance est dirigée par les concepts, les stimuli reconnus selon les connaissances et les attentes. Dans le domaine d’activation interactive, cette partie du traitement se propage du haut vers le bas.
L’image suivante est un exemple de traitement par les données car ce sont ses caractéristiques qui permettent de voir un lapin ou un canard. Bonne chance pour voir un requin ou quoiconque d’autre.

Cependant, si le poisson-poisson qui regarde l’image est un amateur de lapin, il verra le lapin avant le canard et vice-versa avec l’ornicologue.
Aussi, si le poisson-poisson se fait annoncer avant de voir l’image qu’il va voir un lapin, il le verra certainement avant le canard, à moins d’être canarophile.
Finalement, j’ignore si des études ont été faites à propos de l’efficacité des silhouette des objets pour la reconnaissance. Si la silhouette est déterminante dans la reconnaissance, peut-être que sans indice, les gens voient en plus grand nombre le canard VS le lapin.


Expérience de Rueckl et Oden (1986)
Des chercheurs se sont demandé si la reconnaissance de lettres était davantage dirigée par les données ou les concepts. Afin d’étudier le traitement par les données, les caractéristiques du mot ont été manipulées. Ensuite, pour étudier le traitement par les concepts, le contexte de la phrase a été manipulé.
Traitement par les données:
Trois groupe de poissons-poissons ont tous lu la même phrase où une lettre était modifiée de deux façons, hormis pour le groupe contrôle: une lettre était remplacée par une autre qui donne un autre sens au mot et l’autre un symbole qui est un amalgame des deux autres.
Traitement par les concepts:
Même expérience que ci-haut, sauf que la phrase peut être remplacée par une autre où la lettre/mot sont la même, mais le contexte n’est plus pareil. Je sais, ce n’est pas clair, mais voici visuellement ce que ça représente et les résultats:

Je comprends les résultats, mais je ne saisis pas comment, dans les essais du traitement par les données, l’effet de concept n’est pas également présent dans le taux de bonne réponse. Même si les p-p ne lisent qu’une seule phrase, l’effet du concept devrait être également présent dans les résultats. À moins que le premier graphique ne soit que l’hypothèse… Faites vos recherches! Et croyez tout sauf la vérité.
Maintenant, il est temps de passer au troisième corpus: reconnaissance de visage ou expertise en reconnaissance?

