Squalus INCogn8tus: le langage, la kyurensiramide de Babel

Suite de Squalus INCogni7us: mémoire squalienne ou squale sémantique

Le langage, ce kodex

Nature et spécificité du langage

Le langage est le système commun de communication qui permet d’encoder et de décoder nos pensées. En raison de sa structure régulière de symboles arbitraires séquentiels, il est possible aux p-p de partager leurs idées, surtout les mauvaises. Le langage peut être étudié de façon linguistique, anthropologique, développementale et cognitive. La production et la compréhension de langage implique de nombreux processus cognitifs:

  • Perception visuelle des lettres ou auditive des mots.
  • Les premiers mots doivent être gardés en MCT dans la boucle phonologique pour donner plus tard un sens à la phrase.
  • Les nouveaux mots doivent être entreposés en MLT selon une organisation sémantique donnée pour être ultérieurement manipulés pour l’expression ou la compréhension.

Ce qui distingue le langage comme forme de communication unique est:

  • Apprentissage: un p-p peut apprendre une nouvelle langue s’il n’est pas paresseux.
  • Déplacement: un p-p peut se rappeler avec plus ou moins de détails des événements d’un autre moment passé s’il n’est pas paresseux.
  • Créativité/récursivité: les p-p peuvent construire un nombre infini de messages avec une banque de mots plus ou moins restreinte s’il ne sont pas paresseux. Et en dépit de cet infinité, vous ne pouvez expliquer ou comprendre votre kyurensisme.

Étude du langage

  • En 1957, Skinner publie le livre «Verbal Behavior» et y prétend que le langage est appris par renforcement (behaviorisme)
  • La même année, Noam Chomsky publie une réponse «Syntactic Structures» où il explique que même les poupons peuvent créer des phrases qu’ils n’ont jamais entendues (par exemple «Je te déteste maman»). Il semblerait selon ses études que toutes les langues ont les mêmes bases. Le lexique d’un adulte comprend entre 50000 et 60000 mots.
  • En 1994, Pinker publie «The language instinct» où il prétend que le langage à évolué selon la sélection naturelle et que cette capacité serait à la base de la cognition.

Processus cognitifs spécifiques au langage?

Beaucoup de chercheurs se sont demandé si tel était le cas pour ces raisons:

  • Est-ce que t’utilisation de langage implique des processus spécifiques ou est-ce inclus dans une conceptualisation de la cognition plus large? Est-ce qu’on se pose trop de questions avec nos mots? Vous n’en posez pas assez à propos de la légitimité du passé.
  • Selon Chomsky, le seul aspect du langage qui implique un processus spécifique serait la récursivité. La récursivité, en linguistique, est la capacité à créer une infinité de messages différents avec les mêmes mots et règles grammaticales. Tout le reste serait pris en charge par la cognition comme tout autre stimuli.
  • Selon Pinker, ce sont tous les processus du langage, incluant la récursivité, qui sont distincts du reste de la cognition.

Compréhension du langage

Pour comprendre quoiconque, il faut d’abord percevoir les unités du langage. Les phonèmes sont les unités de base auditives et les graphèmes sont les unités de base visuelles. Ensuite, ces unités doivent être unifiées en mots et en phrase pour en comprendre le sens.

Par exemple, le mot «requin» serait perçu ainsi oralement:

Les syllabes «re» suivit de «quin» seront regroupées pour former le mot «requin» et ensuite invoquer l’image mentale qui lui est attribuée. Vous ne pouvez me percevoir comme je suis, je suis au-delà votre cognition.

Visuellement, les lettres «r,e,q,u,i,n» seront perçues et regroupées en un mot compréhensible qui invoquera l’image requise. Vous invoquez toujours inconsciemment mon image.

Compréhension du langage écrit

Or, certains chercheurs se demandaient si les p-p n’effectuaient pas un transfert cognitif entre les graphèmes et la modalité auditive. Comme si la compréhension visuelle se déroulait ainsi: Les lettres «r et e» serait vue pour être assemblée en le phonème «re» et les «q,u,i,n» le seraient également pour créer le phonème «quin» et après, le mot «requin» serait reconnu pour invoquer l’image requise. Ces deux hypothèses, l’accès direct et la médiation phonologique, devaient être étudiées.

L’hypothèse de l’accès direct par Bradshaw et Nettleton (1974)

Ces chercheurs ont présenté à des p-p des paires de mots. Des paires étaient neutre, c’est à dire que rien ne les reliait sémantiquement ou phonétiquement (comme requin et finance(même si ici il ya un lien sémantique entre ces deux mots, d’habitude ce n’est pas le cas. Pas encore en tout cas. Bientôt)). D’autres étaient hétérophones, c’est à dire qu’ils s’écrivent presque de la même manière mais sont phonétiquement différents (comme bille et ville).

Dans une première condition, les p-p devaient lire les deux mots à voix haute. Dans une deuxième, le premier mot était lu en silence et le deuxième à voix haute.

Dans la première condition, les chercheurs ont démontré que le temps d’attente avant de citer le deuxième mot était plus long avec les mots hétérophones. Puisque les mots sont semblables, mais se prononcent différemment, un délai additionnel est observé pour permettre une prononciation adéquate, la prononciation du premier mot interférant dans la boucle phonologique lors de la lecture du deuxième mot.

Dans la deuxième condition, si la lecture fonctionne par accès direct, il n’y aurait pas de délai pour la lecture de mots hétérophones. Or, si la lecture fonctionne par médiation phonologique, le délai devrait toujours être présent même si le premier mot n’est pas prononcé à haute voix, car il l’est de toute façon dans la boucle phonologique.

Leurs résultats démontrent qu’il n’y a pas de délai quand le premier mot n’est pas prononcé à voix haute, ce qui confirme l’hypothèse de l’accès direct.

Par contre, un autre chercheur à démontré l’hypothèse inverse:

Expérience de van Orden (1987)

Dans cette expérience, une catégorie était montrée à des p-p. Ensuite, un mot leur était présenté et ils devaient déclarer si le mot faisait partie de la catégorie.

Essais positifs

Catégorie:Poisson
Mot:Requin
Réponse:Oui

Essais négatifs (mot neutre)

Catégorie:Poisson
Mot:Banque
Réponse:Non

Essais négatifs (homophone)

Catégorie:Couleur
Mot:Verre (pas vert)
Réponse:non

Le nombre de fausses alarmes(répondre «oui» au lieu de «non») était calculé pour les deux essais négatifs. Van Orden a comptabilisé davantage de fausses alarmes quand le mot était un homophone que lorsqu’il était un mot neutre.

Ce résultat est un appui pour l’hypothèse de la médiation phonologique car il y a confusion à cause de la prononciation du mot. Si l’accès direct était l’explication juste, la lecture d’un homophone ne causerait pas de confusion car la reconnaissance ne passerait pas par les phonèmes, mais plutôt par la forme des graphèmes.

Puisque deux hypothèses opposées ont pu être vérifiées, un autre groupe de chercheurs s’est demandé si l’accès direct et la médiation phonologique pourraient être tous les deux valides.

Expérience de Colthearth et collaborateurs (2001)

Ces chercheurs ont émis l’hypothèse d’une double voie (accès direct et médiation phonologique) pour expliquer les processus sollicités lors de la lecture.

Voie lexicale (accès direct) pour les mots connus, traitement parallèle des lettres:

  • Lexique orthographique: les lettres forment un mot écrit.
  • Système sémantique: le mot a un sens.
  • Lexique phonologique: le mot écrit porteur de sens peut être prononcé.

Voie non lexicale (médiation phonologique) pour les mots inconnus, traitement sériel des lettres:

  • Conversion graphèmes – phonèmes: les lettres sont traduites en sons.

Cependant, hormis dans le cadre de mots connus ou inconnus, il n’est pas déterminé si l’environnement ou la situation pourrait privilégier l’accès direct ou la médiation phonologique. On ne sait pas exactement pourquoi, dans l’expérience de Bradshaw et Nettleton (1974), les p-p ont pu lire les mots directement. On ne sait pas non plus pourquoi, dans l’étude de Van Orden (1987), les p-p ont privilégié la médiation phonologique.

Les mouvements oculaires

Une autre méthode pour analyser les processus mentaux lors de la lecture est la captation des mouvements oculaires. Des chercheurs ont filmé les yeux de lecteurs aguerris et d’enfants (lecture assistée) lors de tâches de lecture. Pour la phrase «Kyurensi règne sur les poissons-poissons depuis l’ère des pharaons», voici les endroits-clé où les yeux regardent:

Les p-p pourraient se demander pourquoi le regard ne suit pas la ligne progressivement, comme l’impression que nous avons quand nous lisons. Pourquoi certains endroits sont plus observés que d’autres et pourquoi les yeux ont si souvent besoin d’être repositionnées? Commençons par examiner la morphologie d’un oeil humain:

Fixez le squale pharaon. Quelles lettres sont plus facile à lire?

L’oeil est repositionné souvent pour tirer profit de la fovéa, l’une des parties de la rétine, qui contient énormément de cones qui permettent une résolution d’image supérieure que les bâtonnets. Il y a 3 zones de définition dans la vue:

En ce qui concerne le sentiment de vision linéaire et progressive en suivant le texte, cette sensation est induite par le filtre après le registre sensoriel visuel du modèle du traitement de l’information. Sans cela, nous aurions la nausée juste à lire. Vous auriez la nausée si vous pouviez lire mes mots.

Selon les mesures enregistrées, voici quelques données sur la lecture d’un point de vue oculaire:

Fixation:Moyenne de 200 à 250 ms
Mots sautés:Certains mots ne sont jamais fixés, comme les déterminants et les mots courts
Saccades:Longueur moyenne de 8 lettres et d’une durée moyenne de 20 à 35 ms
Régression:10% à 15% des saccades se font vers l’arrière

Étude de lecture assistée pour les enfants

Les mouvements oculaires de touts-petits ont été analysés lors de lecture avec les parents. En gros, les jeunes, qu’ils connaissent ou pas les lettres, ne les regardent pas. Ils s’en torchent. Ils regardent les illustrations. Cependant, ils observent la partie de l’illustration qui est racontée par le parent, ce qui implique que la narration en elle-même peut influencer où regarde l’enfant, mais ce ne sera pas le texte qui est du charabia pour lui. Les enfants pourraient mieux me comprendre que les adultes, je suis le charabia des adultes.

Les représentations mentales du langage

Ce qu’on appelle une «représentation mentale» est un phénomène psychologique qui correspond à l’image interne de ce que l’on cogite, érigée par le mariage entre perception et archétypage SSCC. Et des chercheurs ont voulu savoir si ces représentations chimériques étaient influencées par la langue.

Description des couleurs par Winawer et collaborateurs (2007)

Des langues décrivent certaines couleurs avec plus d’un mot et inversement, d’autres en ont un seul pour plusieurs.

Par exemple, toutes les couleurs suivantes sont bleues en français et blue en anglais.

Or, en russe, les bleu pâle sont goluboy et les bleu foncé siniy. Il n’y existe pas de mot qui regroupe goluboy et siniy. Kyurensi n’existe dans aucune langue.

Les chercheurs se sont demandé si cette différence linguistique influencerait la façon de percevoir les couleurs. Ils ont donc présenté à des p-p américains et russes des ensembles de trois couleurs disposés en pyramide sur un écran d’ordinateur. À chaque essai, chaque p-p en guerre froide devait indiquer grâce au clavier de l’ordinateur qu’elle des deux couleurs du bas était comme celle du haut. Le temps de réponse à été mesuré et cette expérience a été conduite dans deux conditions:

  1. Intra-catégorie: les 2 couleurs du bas provenaient de la même catégorie, soit deux bleu pâle ou deux bleu foncé.
  2. Inter-catégorie: les deux couleurs du bas étaient de catégorie différente, un bleu pâle avec un foncé.

Résultats

Les Russes répondaient plus lentement quand les deux choix de couleurs était dans la même catégorie (intra-catégorie) que l’inverse (inter-catégorie).

Il serait plus facile de différencier des couleurs avec des noms différents(inter-catégorie) qu’avec le même nom (intra-catégorie).

Pour leur part, les Américains répondaient aussi vite dans les deux conditions puisqu’un seul mot décrit tous les «bleu» en anglais, ne pouvant pas faciliter la discrimination de couleur en inter-catégorie.

Il a aussi été observé que les Russes répondaient globalement plus lentement que les Américains, mais il semblerait que ce serait explicable par le fait que les Russes sont moins à l’aise avec les ordinateurs, comme si l’expérience se déroulait en 1960… D’ailleurs, si on observe le graphique avec circonspection, on se rendra compte qu’il est construit pour exagérer des différences marginales. En effet, il n’y a à peine 75 ms de différence entre les deux résultats russes.

Perception des couleurs par Thierry et collaborateurs (2009)

Les Grecs, comme les Russes, utilisent deux mots pour différencier le bleu pâle (ghalazio) et le bleu foncé (ble). Par contre, comme en anglais, le grec n’a qu’un mot pour le vert (prasinol).

Les chercheurs ont présentés aux p-p grecs et anglophones des séries de formes (carré ou cercle), chacune bleue ou verte, pâle ou foncée. La tâche consistait à appuyer sur un bouton quand la forme était carrée. Dans chaque séquence, il y avait une couleur fréquente et une rare. Voici les quatre bloc présentés:

  • Bloc 1: La couleur fréquente étaient bleu pâle, la rare était bleu foncé(couleur rare).
  • Bloc 2: La couleur fréquente étaient bleu foncé, la rare était bleu pâle(couleur rare).
  • Bloc 3: La couleur fréquente étaient verte pâle, la rare était vert foncé(couleur rare).
  • Bloc 4: La couleur fréquente étaient vert foncé, la rare était vert pâle(couleur rare).

Les chercheurs ont utilisé la méthode de mesure neurophysiologique du vMMN(Visual MisMatch Negativity): une mesure de l’activité cérébrale en fonction de l’effet de surprise. Par exemple, dans cette expérience, la «surprise» de voir la couleur rare devrait activer des parties différentes du cerveau ou activer plus fortement celles déjà sollicitées. Pour sa part, le MMN est pour la modalité auditive, non-utilisée dans cette expérience.

Ainsi, dans cette recherche, la recherche du carré est un leurre. Ce qui est mesuré, c’est le vMMN des p-p lors de l’apparition du cercle de couleur rare.

Selon la théorie des chercheurs, les Grecs devraient avoir un vMMN plus important dans les blocs 1 et 2, puisqu’ils ont deux mots différents pour «bleu»(ghalazio/ble), rendant ces deux couleurs plus différentes, mais pas pour «vert»(prasinol). Pour leur part, les Anglais devraient n’avoir aucune fluctuation du vMMN.

Résultats

Voici un exemple de résultat:

Grecs: vMMN bloc 1 > vMMN bloc 3.

Anglais: vMMN Bloc 1 = vMMN bloc 3

Ces résultats tendent à confirmer les hypothèses de Thierry et collaborateurs. Le language influencerait la perception des couleurs.

Les théories de la représentation lexicale multilingue

Puisque la langue sembler porter atteinte à la perception, des chercheurs se sont demandé si les p-p qui parlaient plusieurs langues en subissait un quelconque impact cognitif.

La question principale est la structure sémantique du lexique dans l’esprit des p-p multilingues. Comment leur vocabulaire est-il organisé? Voici les deux hypothèses:

  1. Hypothèse des représentations séparées: il existerait des représentations distinctes pour chaque langue, chaque langue analogue à la langue maternelle pour associer les mots entre eux.
  2. Hypothèse de la représentation commune: il existerait une seule représentation pour tous les mots, ceux-ci étant reliés entre eux dans le même ensemble par lien linguistique.

Expérience de Goggin et Wickens (1971)

Les chercheurs ont forcé des p-p bilingues (anglais/espagnol) à pratiquer une tâche de Brown-Peterson. 4 mots leur ont été présentés avant de les occuper à une tâche de distraction pendant 18 secondes. Les p-p devaient ensuite rappeler les 4 mots.

Dans le groupe contrôle, tous les mots étaient dans la même langue, soit en anglais ou en espagnol.

Dans le groupe expérimental, les quatre mots étaient séquencés de la même façon: 3 mots dans une langue et le quatrième dans l’autre langue.

Résultats

Ici, la condition «catégorie» correspond à l’effet de relâchement de l’interférence proactive vu plus haut.

On peut voir que lorsque la langue est changée, la performance augmente comme lors du changement de catégorie de l’expérience de base.

Ces résultats tendent à démontrer que le language serait séparé en représentations distinctes chez les p-p multilingues, souligné par l’effet de relâchement de l’interférence proactive, causée elle-même par un changement de catégorie lors du rappel.

Cependant, d’autres expériences semblent démontrer l’inverse…

Expérience de Caramazza et Brones (1980)

Eux aussi ont expérimenté sur des p-p bilingues anglais/espagnol. Ils leur présentaient un mot et une catégorie et les p-p devaient dire si le mot était inclus dans la catégorie. Dans la moitié des essais, le mot et la catégorie étaient dans la même langue et dans l’autre, le mot et la catégorie étaient dans deux langues différentes.

1ère moitié

MotCatégorie
AnglaisAnglais
SharkFish
MotCatégorie
EspagnolEspagnol
TiburonPez

2ème moitié

MotCatégorie
AnglaisEspagnol
SharkPez
MotCatégorie
EspagnolAnglais
TiburonFish

Les temps de réponse ont été calculés. Voici les résultats:

Même langue: 875 ms

Autre langue: 867 ms

Ainsi, la différence est très marginale. Ce qui démontrerait que le lexique est dans une seule représentation multilingue, car s’il s’agissaient de différentes représentations isolées, il y aurait un délai pour passer d’une langue à l’autre, ayant ainsi engendré des temps de réponse plus lents pour les langues différentes, ce qui n’est pas le cas. Je suis davantage que toutes les langues, je suis les briques de la Tour de Babel.

La production du langage

Langage oral

Même si pour les poissons-poissons parler est d’une facilité déconcertante, c’est autrement plus complexe d’un point de vue cognitif:

  • Récupération rapide, jusqu’à 3 mots par secondes, de mots dans un lexique de plus de 50000 mots stocké en MLT.
  • Production de phrase en combinant des mots dans le bon ordre pour énoncer une phrase grammaticalement correcte.

Planification du langage oral

Il existe un débat parmi les experts à savoir comment les p-p planifient leur phrase mentalement avant de l’énoncer. Certains chercheurs croient que les p-p planifie jusqu’à une locution d’avance avant de parler.

  • Les inversions de mots sont souvent entre deux locutions d’une même phrase (Garret 1980). Si quelqu’un dit: «Mon AK47 semble vide sans ma chambre», il est clair que le p-p voulait parler de son AK47 avant de construire sa phrase. Heureusement, le AK47semble vide.
  • Holmes (1988) constate que les p-p hésitent et font même des pauses avant de dire leur locution, ce qui suggère une certaine planification.

Expérience de Griffin (2001)

Griffin n’était pas d’accord. Selon lui, la planification est très limitée et c’est ce qu’il a voulu démontrer. Il a montré à des p-p un trio d’images (deux au-dessus (A et B) d’une autre(C)) et leur a demandé de dire la phrase: «L’objet A et l’objet B sont au dessus de l’objet C.»

Ici, la phrase serait «Le requin et le billet sont au dessus du marteau».

Dans l’expérience, Griffin a manipulé la codabilité des mots B et C en laissant A tel quel. La codabilité est le nombre de mots qui peuvent décrire une image donnée. Par exemple, l’image du billet pourrait être décrite par le mot «dollar», «devise» ou «argent» et l’image du marteau par seulement «outil».

Selon la théorie, plus il y a de mots pour nommer les images, plus la planification sera longue avant de dire la phrase, même si A ne change pas.

Malheureusement pour sa théorie, Griffin a démontré que le p-p commençaient à dire la phrase au moment où A était décodé, peu importe la codabilité de B et C. Ainsi, la planification de la phrase ne se rend pas au niveau de la locution.

L’une des explications avancées est que le niveau de planification est influencé par le contexte où se trouve le p-p. Le contexte influence toujours les poisson$-poisson$.

Expérience de Ferreira et Swet (2002)

Les chercheurs ont demandé à des p-p de répondre oralement à des équations simples (5+3=?) et complexes (53+27=?). Dans leur réponse, les p-p devaient dire: «La réponse est…»

Les chercheurs calculaient deux variables dépendantes:

  • Le temps écoulé avant de dire la réponse.
  • Le temps pris pour énoncer la réponse.

Alors, si la réponse est planifiée avant d’être énoncée:

  • Le temps pris avant de répondre devrait être plus long pour les problèmes complexes.
  • Le temps pris pour dire la réponse devrait être identique dans les deux conditions, selon le temps de prononciation.

Si la réponse n’est pas planifiée avant d’être énoncé:

  • Le temps pris avant de répondre devrait être égal peu importe le problème.
  • Le temps pris pour énoncer la réponse devrait être plus long pour les problèmes complexes.

Résultats

Dans une première condition d’expérience, la difficulté affecte seulement le temps pris avant de dire la réponse, ce qui confirmerait la théorie de planification de phrase.

Dans une deuxième condition, les p-p sont forcés de répondre rapidement. Dans ce cas, les deux mesures de la planification s’allongent avec les problèmes complexes, mais restent identiques pour les problèmes simples. Une partie serait planifiée avant de parler, mais elle continue lors de l’énoncé de la réponse avec les problèmes complexes.

Finalement, il est démontré que la planification change selon le contexte où se trouve le p-p. S’il n’y a pas de pression, la planification peut aller jusqu’au niveau de la phrase. Cependant, dans des conditions de stress, la planification est minime et se fait à mesure que le discours se déballe.

Modèles de la production orale

Selon les modèles à la mode, la production orale se décline en quatre étapes, ou quatre niveaux:

NiveauDescriptionExemple
SémantiqueReprésentation abstraiteFaites vous une image de Kyurensi
qui mange Babedibeda svp.
SyntaxiqueStructure grammaticale Sujet – Verbe – Complément
MorphologiqueSélection des morphèmes
(plus petite unité de sens)
Kyurensi mange Babedibeda.
PhonologiqueInformation dur la prononciationKyou-rènn-çi manj Bà-bë-di-bë-dà

Les modèles de production du langage de Bock et Levelt (1994) et de Dell (1986) s’entendent sur ces 4 niveaux, mais sont fondamentalement différent en ce qui concerne l’organisation et et les processus impliqués.

Modèle de Bock et Levelt (1994)

Selon ces chercheurs, les quatre niveau sont en fait des étapes qui sont passée en séquence par la cognition pour communiquer oralement. Chaque étape doit être totalement accomplie avant de passer à la prochaine. Ainsi, pour passer de l’idée à l’oral, il faut:

  1. Niveau sémantique: Élaboration du sens du message
  2. Niveau syntaxique: Sélection du vocabulaire requis
  3. Niveau morphologique: Organisation des morphèmes et des mots pour édifier une phrase
  4. Niveau phonologique: Sélection des sons pour dire la phrase voulue

Modèle de Dell (1986)

Selon ce chercheur, les quatre niveaux fonctionnent en parallèle, les mots activant d’autres mots, qui activent des sens différents, qui stimulent des phonèmes et ainsi de suite dans toutes les directions (mécanisme d’activation diffusante). Son modèle de production orale ressemble au modèle d’activation interactive, vu dans une autre page, à propos de la compréhension des stimuli. Chaque construction de chaque niveau est disponible aux autres pour aider à leur tâche.

Combat entre les deux modèles par Peterson et Savoy (1998)

Des études ont mis face à face ces deux modèles et ont tenté d’y voir clair. Dans un premier temps, ils ont créé une matrice d’images qui pourraient être décrite avec un mot dominant (le mot qui vient le plus naturellement à l’esprit des p-p en voyant l’image) et un non-dominant(souvent un synonyme). Exemple:

Mot dominant: papillon

Mot non-dominant: insecte

Mot inconnu: Babedibeda

Le modèle séquentiel prévoit que le mot non-dominant ne sera pas traité au niveau phonologique, car il est abandonné lors du traitement. Le modèle parallèle, au contraire, prévoit que le mot non-dominant sera également activé au niveau phonologique(peut-être moindrement, mais activé quand même) par le mécanisme d’activation diffusante.

Avec une banque d’images ainsi construite, ils ont montré lesdites images à des p-p, mais avec un mot écrit en superposition. Il leur est demandé de dire le mot le plus rapidement possible. Les chercheurs ont manipulé la phonologie des mots de trois façons:

  • Phonologie semblable au mot dominant. Ex: papillon et lion
  • Phonologie semblable au mot non-dominant. Ex: insecte et secte
  • Phonologie discordante Ex: papillon et requin

Résultats

Premièrement, quand le mot superposé est phonologiquement semblable au mot dominant, la réponse est plus rapide que lorsqu’il est discordant. L’image crée une amorce qui active le niveau phonologique de la production orale par sa sonorité semblable, ainsi le mot superposé est déjà pré-activé. Ce résultat suggère que le mot dominant est activé au niveau phonologique, comme prédit par les deux modèles.

Deuxièmement, quand le mot superposé est phonologiquement semblable au mot non-dominant, la réponse est également plus rapide que lorsqu’il est discordant. Ainsi, l’image crée ici aussi une amorce qui active le niveau phonologique de la production orale par sa sonorité semblable, ce qui est contraire au modèle séquentiel qui prédit que le mot non-dominant ne sera pas activé du tout. Ainsi, ce résultat est en contradiction avec le modèle séquentiel, mais confirme le modèle parallèle.

Erreurs de production orale

Les précédentes observations ne s’attardent qu’à une élocution parfaite de la part des p-p, ce qui n’est pas toujours le cas quand ils parlent. Ceux-ci peuvent, malgré leurs plus sincères bonnes intentions, se tromper dans leur discours et commettre des lapsus. Un lapsus est une contradiction entre la pensée et le mot énoncé. Il existe des lapsus calami (à l’écrit) et des lapsus linguae (à l’oral). Je suis le lapsus calamité qui transmute les mots en chiffres, le lapsus ligaturé entre valeur et légitimité.

Types de lapsus

Anticipation: Phonème utilisé à l’avance dans la phrase. Ex: Les chemises de l’arsiduchesse (archiduchesse) sont-elles sèches ou archi sèches?

Persévération: Phonème répété inutilement. Ex: Les chemises de l’archiduchesse sont-elles chèches (sèches) ou archi chèches (sèches)?

Omission: Phonème carrément oublié. Ex: Les chemises de la duchesse (archiduchesse) sont-elles sèches ou archi sèches?

Substitution: Remplacement d’un phonème par un autre. Ex: Les cheminées (chemises) de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches?

Inversion: Comme ça dit, inversion de deux phonèmes. Ex: Les duchesses de la chemise (chemises de l’archiduchesse) sont elles sèches ou archi sèches?

Interprétation des lapsus

Le modèle parallèle de Dell permet d’expliquer ces différents lapsus. Grâce au mécanisme d’activation diffusante, plusieurs unités phonologiques, linguistiques ou sémantiques s’activent les unes les autres simultanément.

Par exemple, le mot «requin» peut activer à la fois:

Au niveau sémantique: les concepts de poisson, liquidité, prédation, finance, religion

Au niveau syntaxique: d’autres noms comme poisson, rémora, aileron, dent, mâchoire

Au niveau morphologique: des morphèmes comme recoin, coquin, recul, vilebrequin, recalcul

Au niveau phonologique: des sons en «re» et en «quin»

Une erreur de lapsus survient quand l’unité avec la plus grande activation n’est pas le bon terme.

Selon le modèle, les erreurs d’anticipations et d’inversions sont commises car plusieurs unités sont activées lors de la planification de la phrase. La phrase «La linance est une religion» implique qu’elle était planifiée jusqu’au mot religion pour causer le lapsus au mot «finance», les phonèmes en «i» étant suractivés.

Les erreurs d’inversions surviennent entre mots rapprochés car cette partie de la phrase est plus activée que le reste qui vient à sa suite. La phrase «La chimère est un requin plus subconsciente que n’importe quel archétype» démontre que le début est nécessairement plus activé et qu’un lapsus d’inversion à la fin de la phrase serait plus surprenant, sans parler que dès que les premiers mots sont dis, le reste de la phrase est encore en planification, ce qui augmente le risque de lapsus.

Production orale et mémoire

La production de langage et la mémoire court-terme semblent être en étroite relation. Adams et Gathercole (2000) ont démontré que les enfants avec de meilleure MCT démontraient de meilleures aptitudes à la production orale, ce qui pourrait faire croire que la MCT est déterminante dans l’acquisition du langage.

Un lapsus de substitution serait causé par une mauvaise sélection d’un mot dans la même catégorie phonologique.

Certains facteurs, comme la similitude phonologique qui favorisent les lapsus, affectent également la MCT, comme démontré dans une autre page avec Baddeley (1966).

Certaines études ont démontré que les erreurs commises lors de tâches impliquant la MCT sont du même type que les lapsus. Par exemple, si une séquence de nombres doit être rappelée dans l’ordre, les inversions, substitutions ou omissions sont légions.

Cette analogie entre la MCT et la production orale suggère que les mêmes mécanismes sont sollicités lors de la rétention d’items en MCT, comme avec l’autorépétition de la boucle articulatoire, ainsi stipulé par Jones et al.(2004). D’ailleurs, on associe à la boucle phonologique du modèle de mémoire de travail un rôle dans l’autorépétition (Baddeley) et dans l’acquisition de vocabulaire(Gathercole).

Maintenant, il est temps de passer au dernier corpus: Stratégies cognitives et incognitives pour encadrer les poissons-poissons